Rose Art Museum

La crise frappe, l'art trinque

À la fin du mois de janvier, le conseil d'administration de l'Université Brandeis a voté à l'unanimité en faveur de la fermeture du Rose Art Museum pour faire face à la crise. Les administrateurs souhaitent ainsi recentrer la mission de l'université de Waltham, au Massachusetts, autour de l'éducation, indiquent-ils par voie de communiqué. Faut-il donc comprendre que la collection du musée n'était qu'un placement et qu'elle ne participait pas à la mission éducative de l'université?

Le Rose Art Museum est une institution muséale universitaire, comme il en existe beaucoup aux États-Unis, située sur le campus de l'Université Brandeis. Elle est née en 1961 de la volonté combinée d'un ancien président de l'université, Abram Sachar, et de deux généreux donateurs, Edward et Bertha Rose. Des expositions temporaires animent les trois salles que compte le musée, alors que la collection permanente est utilisée à des fins d'enseignement et est accessible aux chercheurs sur rendez-vous.

L'importante collection d'art moderne et contemporain comprend aujourd'hui plus de 8 000 oeuvres. L'art états-unien des années 1960 et 1970 est particulièrement bien représenté avec des artistes tels que Willem de Kooning, Jasper Johns, Roy Lichtenstein, Morris Louis, James Rosenquist et Andy Warhol. Des dons et des acquisitions récentes ont permis d'enrichir la collection du musée d'oeuvres plus contemporaines, notamment celles de Matthew Barney, Nan Goldin, Donald Judd, Richard Serra et Cindy Sherman.

Des étudiants actuels et d'anciens étudiants de l'Université Brandeis se sont mobilisés afin de sauver le Rose Art Museum. Le collectif Save the Rose Art Museum at Brandeis University a vite été rejoint par des amis du musée et des membres de la communauté universitaire. Le directeur du musée, Michael Rush, a fait part de son indignation personnelle sur le site du collectif: «As a member of the Brandeis community I feel shame and deep regret over the shortsightedness of this decision.»

La mobilisation a porté ses fruits, du moins en partie. Le président de l'Université Brandeis, Jehuda Reinharz, s'est excusé publiquement de la façon dont l'annonce de la fermeture du musée a été faite dans une lettre envoyée au Boston Globe. Il y affirme que le musée va demeurer ouvert, mais qu'il sera mieux intégré dans la mission éducative de l'université et que le conseil d'administration étudie d'autres avenues que la vente de l'ensemble de la collection.

Les propos du président ne rassurent pas complètement. Ils sont bien timides lorsqu'ils sont mis en juxtaposition avec ceux du communiqué du conseil d'administration qui annonçait la vente de la collection et la fermeture du musée. La lettre du président de l'université ressemble plus à une gestion communicationnelle de la crise qu'à un véritable engagement en faveur de la survie du musée et de la préservation de sa collection.

Le conseil d'administration avait affirmé que sa décision n'affecterait pas «the university's commitment to the arts and the teaching of the arts». On ne peut pas prétendre, comme l'a fait le conseil d'administration, que la mission d'une université connue pour son enseignement des arts et pour accueillir depuis près de cinquante ans des artistes en résidence ne serait pas affectée par la vente d'une si importante collection et la fermeture de son musée.

Terry Eagleton suggère dans un ouvrage que la culture peut être définie «as whatever is superfluous to a society's material requirements». Le problème, comme le souligne le professeur anglais, est de départager ce qui est superflu de ce qui ne l'est pas. L'art et la culture sont indispensables à l'épanouissement d'une société, au-delà de ses besoins matériels, même en temps de crise. Cela est d'autant plus vrai lorsqu'il est question d'une communauté universitaire pour laquelle la culture n'est jamais superflue. La mobilisation doit se poursuivre afin de sauver le Rose Art Museum.

Sources

  • Jehuda Reinharz, «Brandeis president apologizes for handling of museum issue», Boston Globe, 5 février 2009, [url].
  • Terry Eagleton, The Idea of Culture, Malden, Blackwell, 2000.
  • Brandeis University (Waltham), With Vote to Close Art Museum, Brandeis Renews “Unwavering” Commitment to Students, Research and Academic Mission (26 janvier 2009).

Aller plus loin

  • Anonyme [éditorial], «Art at Brandeis», The New York Times, 2 février 2009.