Du divertissement à la culture

Le 1er septembre dernier, l'Institut du droit de la culture a pris le relais de l'Observatoire du droit du divertissement. Les plus attentifs d'entre vous auront remarqué ce passage de droit du divertissement à droit de la culture. Quel est le sens de ce changement? Le champ d'expertise du nouvel Institut se serait-il restreint ou serait-il complètement différent de celui de l'Observatoire?

Le périmètre est demeuré le même, seule l'appellation faîtière a changé. L'Institut s'intéresse en effet à tous les domaines auxquels s'est intéressé l'Observatoire du droit du divertissement pendant plus de sept ans, soit du 23 février 2001 au 31 août 2008. Les domaines du droit de l'art et de la culture, du droit de la communication et des médias et du droit de la propriété littéraire et artistique sont toujours au coeur de ce projet de recherche, celui d'une entreprise privée qui poursuit des buts essentiellement scientifiques et éducatifs.

J'avais écrit, en 2003, que l'expression droit du divertissement obtenait ma «faveur à cette condition de demeurer un terme générique qui permette d'appréhender un certain nombre de réalités distinctes, mais pas forcément cloisonnées». L'expression semblait faire référence, dans l'esprit de plusieurs, à une réalité bien différente de celle que je souhaitais circonscrire. Je partageais à vrai dire les réticences exprimées par certains que divertissement pouvait être réducteur et que, d'un point de vue intellectuel, il n'était pas certain qu'il puisse s'appliquer à l'art ou à la culture.

Au fond, le débat tendait à opposer culture populaire et culture élitiste. La seule vraie culture «serait la culture des élites sociales, les cultures populaires n'en étant que des sous-produits inaccomplis», écrit l'ethnologue français Denys Cuche. Il y aurait d'un côté la culture élitiste (high culture), intemporelle et universelle. Et de l'autre, la culture populaire (popular ou mass culture), «une variante misérable, vulgarisée, commercialisée» de la première, selon Edgar Morin.

La même opposition s'exprime parfois en des termes différents. L'art, une activité sérieuse au dire de Herbert Read, s'opposerait ainsi au divertissement, au simple amusement en somme: «An entertainment is something which distracts us or diverts us from the routine of daily life», alors que l'art «though it may divert us from the normal routine of our existence, causes us in some way or other to become conscious of that existence».

Je n'avais pas négligé ce débat au moment de réfléchir à une définition appropriée de droit du divertissement, mais force est de constater que si le terme rallie une majorité, à défaut de faire consensus, en Amérique du Nord et plus particulièrement au Québec, il n'en est pas de même en Europe. Plutôt que de me battre pour l'imposition de ce qui semblait être «le plus petit dénominateur commun aux secteurs d'activité» qui m'intéressent, comme je l'écrivais jadis, j'ai préféré modifier le nom du centre de recherche, sans toutefois modifier ses buts ni ses orientations.

L'utilisation du terme culture vise à combler le fossé qui se creusait et qui tendait à distinguer deux champs de pratique que l'on prétendait différents, mais qui recoupent au fond une même réalité. L'Institut est maintenant implanté en Suisse, au coeur de l'Europe, et la bataille pour imposer le terme droit du divertissement ne méritait pas d'être menée. Ce changement de nom est également l'aboutissement d'un travail de recherche et de réflexion sur la définition même de culture mené dans le cadre de ma thèse de doctorat. J'ai en conséquence légèrement modifié les sous-domaines juridiques afin de mieux refléter cette nouvelle réalité.

Le droit de l'art et de la culture fédère toutes les questions liées à l'ensemble des industries dites culturelles ou créatives, telles que le cinéma, le livre, la musique, la radio ou la télévision, ainsi qu'à celles concernant notamment la danse, le marché de l'art, les musées et le théâtre.

Le droit de la communication et des médias se cantonne dorénavant à l'étude de la liberté de la presse et des enjeux juridiques propres aux médias d'information, quels que soient leurs supports. L'étude s'étend également aux nouvelles de l'industrie et aux questions liées à la déontologie et à l'éthique journalistiques, questions qui ne font plus l'objet d'une catégorie séparée.

Enfin, le domaine de la propriété littéraire et artistique traite exclusivement des questions liées au droit d'auteur, qu'il touche les secteurs de l'art, de la communication, des industries culturelles ou des médias. On retrouve ici autant des documents concernant le droit d'auteur des journalistes que ceux concernant celui des artistes, par exemple.

Sources

  • Denys Cuche, La notion de culture dans les sciences sociales, Paris, La Découverte, 2004.
  • Louis-Philippe Gratton, «Qu'est-ce que le droit du divertissement?», in Développements récents en droit du divertissement, Cowansville, Yvon Blais, 2003, p. XI.
  • Louis-Philippe Gratton, «Où en est le droit du divertissement?», in Développements récents en droit du divertissement, Cowansville, Yvon Blais, 2007, p. 163.
  • Louis-Philippe Gratton, «De l'enfance de l'art à la maturité», Le Monde juridique, vol. 16, n° 9, 2007, p. 18.
  • Edgar Morin, L'esprit du temps - Nécrose, Paris, B. Grasset, 1975.
  • Herbert Read, «Civilization and the sense of quality», inTo Hell with Culture – And other essays on art and society, Londres/New York, Routledge, 2002, p. 170.