Menaces terroristes et... à la liberté de presse

À Paris, le ministère de l'Intérieur, de la Sécurité intérieure et des Libertés locales confirme avoir demandé aux rédactions de s'abstenir de publier toute information concernant une menace terroriste que ferait planer sur les chemins de fer français un groupe désigné sous le sigle AZF. «Pour d'évidentes raisons de sécurité, il serait préférable qu'aucune information ne soit rendue publique avant le dénouement de l'affaire», écrit le ministère dans une note envoyée par télécopieur aux rédactions, le 2 mars, et rendue publique notamment par L'Humanité et Libération.

«[Le ministère] demande à la presse d'être discrète afin de ne pas gêner [l]es contacts [avec le groupe AZF] et fait appel à son sens des responsabilités», indique la communication. «Bien entendu dès que ce sera possible, la presse sera très exactement informée sous le contrôle de la justice de ce qui s'est passé», ajoute-elle. Seule La Dépêche du Midi, un quotidien de Toulouse, a refusé de se conformer aux recommandations du ministère de l'Intérieur dirigé par Nicolas Sarkozy. Selon les informations recueillies par les journalistes Olivier Costemalle et Gilbert Laval de Libération, le directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, aurait fait «pression» sur le directeur de la rédaction de La Dépêche, Jean-Christophe Giesbert, et sur son président-directeur général, Jean-Michel Baylet, pour qu'ils ne publient pas l'information.

Un texte à propos de la menace terroriste est tout de même paru à la une du quotidien toulousain, le 3 mars, sous le pseudonyme de Claude Nicolas, reprenant ainsi les prénoms du ministre et de son directeur de cabinet. Ce dernier a fait savoir son mécontentement quant à la tournure des événements dans une lettre adressée à M. Giesbert et mise en ligne sur le site de Libération: «Vous avez effectivement téléphoné à ce propos, je me permet de souligner que j'ai seulement appelé votre attention sur la gêne que cette publication pourrait apporter au dénouement de l'affaire et sur les risques qu'elle faisait courir. J'ai effectivement fait appel à votre sens de la responsabilité. Je ne crois pas que celà puisse être assimilé à une pression.»

Sources

  • [Claude Guéant], «La Dépêche du Midi se fait taper sur les doigts», Libération, 3 mars 2004, [url].
  • Olivier Costemalle et Gilbert Laval, «La presse écoute l'Intérieur – Seule La Dépêche du Midi a refusé la demande du ministère», Libération, 4 mars 2004, p. 3.

Aller plus loin

  • Antoine de Gaudemar, «Inhabituel», Libération, 4 mars 2004, p. 3.